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Le monitoring de la déforestation dans le bassin du Congo : quelles synergies entre les savoirs exogènes et les savoirs endogènes ?


Thèse de Richard SUFO KANKEU (ESO Le Mans)
Direction :
  • Moïse TSAYEM DEMAZE, Université du Maine - Le Mans
  • Jean Denis SONWA, CIFOR - Centre International de Recherche Forestière

Financement :
  • CIFOR + apport personnel

Composition du jury :
  • YENGUE Jean Louis, Professeur, Université de Poitiers, France, rapporteur,
  • NGOUFO Roger, Professeur, Université de Yaoundé 1, Cameroun, rapporteur,
  • TSAYEM DEMAZE Mois, Professeur, Le Mans Université, France, directeur de thèse,
  • SONWA Denis Jean, Senior Scientist, CIFOR, Cameroun, directeur de thèse,
  • D’ANNUNZIO Remi, Coordonnateur suivi des forêts Afrique, FAO, Italie,
  • LAURENT François, Professeur, Le Mans université ; France,
  • OSZWALD Johan, Maître de conférences HDR, Université de Rennes 2, France,
  • DJELLOULI Yamna, Professeure Emérite ; Le mans Université, France,
  • MERTENS Benoit, Chargé de recherche, IRD, France, invité


Le monitoring de la déforestation dans le bassin du Congo : quelles synergies entre les savoirs exogènes et les savoirs endogènes ?

Mots clés : Monitoring, savoirs exogènes, savoirs endogènes, REDD+, Bassin du Congo

Résumé :  Les dispositifs REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation) ont émergé au début des années 2000 en tant que mécanisme international de lutte contre la déforestation dans une optique d’atténuation du changement climatique. Dès la conception et le déploiement de ces dispositifs, le monitoring de la déforestation a été considéré comme une pièce maitresse, une activité indispensable pour attester des efforts faits en termes de réduction de la déforestation, étant donné qu’il avait été prévu que ces efforts donneront lieu à des récompenses et à des compensations financières équivalentes aux quantités mesurées de déforestation évitée ou réduite. Ayant adhéré aux dispositifs REDD+ dès leur création, les pays du Bassin du Congo devaient procéder au monitoring de la déforestation et de la dégradation forestière qui s’y déroulent. Malgré les efforts fournis notamment en termes de renforcement de leurs capacités, ces pays peinent à mettre en œuvre le monitoring. Il n’est opérationnel dans aucun d’eux. Cette thèse interroge leur capacité réelle à effectuer cette activité. Elle s’intéresse aux possibles obstacles et entraves qui expliqueraient les difficultés de l’opérationnalisation du suivi de la déforestation et de la dégradation des forêts dans le bassin du Congo. Ne pouvant traiter dans une thèse de doctorat une problématique si large, nous avons choisi un angle d’analyse focalisé sur les savoirs qu’il est indispensable de mobiliser pour le monitoring de la déforestation dans trois pays : Cameroun, Rwanda, République Démocratique du Congo.

Nous avons examiné les savoirs experts et les savoirs locaux ou autochtones/indigènes disponibles dans ces pays. Nous avons utilisé une approche empirique consistant d’abord à évaluer les capacités des populations locales à mesurer les stocks de carbone forestier. Puis nous avons utilisé le modèle Research Integration and Utilisation (RIU) pour analyser la gouvernance et les difficultés de l’intégration des savoirs experts et des savoirs autochtones. Enfin, nous avons utilisé le concept de storytelling pour comprendre et expliquer comment la REDD+ a été prônée et diffusée en vue de sa mise en œuvre dans le bassin du Congo. Nos résultats montrent que les communautés locales détiennent des savoirs endogènes leur permettant de contribuer à la mesure des stocks de carbone, et que la gouvernance du transfert des savoirs pour le monitoring est assez faible du fait de l’inadaptation des institutions en charge des politiques de gestion des forêts. Nos analyses révèlent les multiples entraves sociopolitiques et organisationnelles qui inhibent les efforts des acteurs impliqués dans le monitoring de la déforestation dans les trois pays étudiés. Au-delà du monitoring, l’analyse des discours et des entretiens avec des acteurs impliqués dans des projets REDD+ implémentés ans le bassin du Congo a mis en évidence le storytelling de la REDD+, ce qui a permis d’élargir la réflexion pour expliquer la baisse de l’engouement initial que la REDD+ avait suscité.

Deforestation monitoring in the Congo Basin: what synergies between exogenous and endogenous knowledge?Keywords : Monitoring, exogenous Knowledge, endogenous knowledge, REDD+, Congo Basin

Abstract: REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation) schemes emerged in the early 2000s as an international mechanism to combat deforestation from a climate change mitigation perspective. Deforestation monitoring has been always considered as a key element, an essential activity to demonstrate efforts made in terms of reducing deforestation, since it was expected that these efforts would result in rewards and financial compensation equivalent to the measured quantities of deforestation avoided or reduced. Having joined REDD+ mechanisms since their creation, Congo Basin countries had to monitor deforestation and forest degradation taking place there. Despite the efforts made, particularly in terms of capacity building, these countries are struggling to implement monitoring. It is not operational in any of these countries. This thesis questions their capacity to carry out this activity. It looks at possible obstacles that would explain the difficulties of operationalizing the monitoring of deforestation and forest degradation in the Congo Basin. Since we cannot deal with such a broad issue in a doctoral thesis, we have chosen an angle of analysis focused on the knowledge that is essential to mobilize for deforestation monitoring in three countries: Cameroon, Rwanda, the Democratic Republic of Congo.

We then examined expert knowledge and local or indigenous knowledge available in those countries. We used an empirical approach that first assessed the capacities of local populations to measure forest carbon stocks. Then we used the Research Integration and Utilization (RIU) model to analyze the governance and challenges of integrating expert and indigenous knowledge. Finally, we used the concept of storytelling to understand and explain how REDD+ has been advocated and disseminated for implementation in Congo Basin. Our results show that local communities hold endogenous knowledge that allows them to contribute to the measurement of carbon stocks, and that the governance of knowledge transfer for monitoring is rather weak due to the inadequacy of the institutions in charge of forest management policies. Our analyses reveal the multiple socio-political and organizational barriers that inhibit the efforts of actors involved in monitoring deforestation in the three countries studied. Beyond monitoring, the analysis of speeches and interviews with actors involved in REDD+ projects implemented in the Congo Basin highlighted the storytelling of REDD+, which made it possible to broaden the reflection to explain the decline in the initial enthusiasm that REDD+ had generated.