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L'historicité de la transition énergétique bas carbone

Analyse comparée des politiques locales énergie-climat dans 4 régions allemandes et françaises (Pays de Loire, Lorraine, Sarre et Bade-Wurtemberg)


Thèse de Carole WERNERT (ESO Le Mans)
Direction :
  • Cyria EMELIANOFF, Université du Maine - Le Mans


Composition du jury :


    Cette thèse propose une analyse comparée des politiques urbaines énergie-climat en France (Metz) et en Allemagne (Sarrebruck). L’objectif est d’interroger les capacités des villes à s’emparer de la question énergétique dans l’histoire et dans une perspective bas carbone. La recherche s’appuie sur plusieurs hypothèses. Les territoires qui disposent historiquement d’une gestion et d’une production locale de l’énergie appréhendent plus frontalement les enjeux de la transition énergétique. L’énergie comme ressource locale participe à l’entrée en transition bas carbone. L’attachement à l’énergie comme ressource locale serait un des motifs à l’entrée en transition bas carbone des territoires.

    Cette transition territorialisée est déterminée par son histoire énergétique (ressources construites, activées), politique, économique, sociale, culturelle, par le cadre national dans lequel elle s’inscrit et des forces géopolitiques. En fonction des caractéristiques historiques d’un territoire, la transition énergétique et la gestion locale de l’énergie peuvent prendre diverses formes. L’historicité de cette transition est principalement appréhendée à travers les stratégies d’approvisionnement et les modalités de gestion énergétique depuis un siècle à Metz et à Sarrebruck.

    La ville de Metz dispose d’une Entreprise Locale de Distribution (ELD) créée sous annexion allemande en 1901 : l’Usine d’Electricité de Metz (UEM). Cette entreprise produit et distribue de l’électricité pour 138 communes en Moselle et de la chaleur pour la ville de Metz.

    Ce type d’entreprise reste exceptionnel dans le paysage énergétique français largement dominé par le quasi-monopole d’EDF. Pilotée par la ville de Metz, l’UEM est un outil de finances publiques et de développement des ressources locales et renouvelables. Au cours du demi-siècle passé, l’UEM a entrepris une diversification de ses sources énergétiques : ce phénomène s'accélère ces dernières années face aux enjeux de la transition énergétique. Cette diversification s’accompagne d’une multiplication de ses activités par la naissance de nouvelles filiales aux missions spécifiques (distribution, fourniture d’énergie hors du territoire d’origine…) dans un contexte de libéralisation du marché de l’énergie. L'objectif est d'appréhender de quelle manière et dans quelle mesure cette culture locale de l'énergie oriente la politique énergie-climat de la ville et son entrée en transition.

    Cette étude de cas montre également les conflits avec le système énergétique national centralisé qui ont ponctué l’histoire de l’ELD.

    L’influence allemande sur un plan à la fois historique (droit local) et géographique (échanges transfrontaliers) enrichit l’analyse de l’histoire et de la culture énergétique de la ville.

     

    L’Allemagne, plus encline à la gestion décentralisée de l’énergie, a depuis longtemps développé ce type de structure municipale. Néanmoins, la conservation de l’énergie comme ressource locale aux mains d’acteurs municipaux est jonchée d’obstacles et de conflits d’intérêts avec d’autres énergéticiens.

    Dans les années 1980, la ville de Sarrebruck, en collaboration avec sa « Stadtwerk » (« ELD allemande »), a mené une politique énergétique pionnière au sein de l’Union Européenne dans un territoire pourtant marqué par l’exploitation charbonnière. Ces politiques, qui ont mué en programme de protection du climat, se sont brutalement arrêtées suite à la libéralisation du marché de l’énergie. Divers conflits de nature politique mais aussi économique expliquent ces changements de modèle de gestion de l’énergie.

    L’apparition des impératifs de transition souligne des dépendances au sentier à certaines ressources. Depuis le début des années 2010, une stratégie de retour à la production endogène menée par la Stadtwerk montre les difficultés des acteurs locaux à se faire une place sur le marché libéralisé de l’énergie mais aussi sur celui des renouvelables.

     

    Une analyse multi-scalaire est nécessaire pour comprendre les stratégies d’approvisionnement des territoires étudiés au fil des âges, faisant intervenir différentes échelles (contexte géopolitique et économique international, relations franco-allemandes, contextes politiques nationaux et régionaux, politiques industrielles régionales, ressources « locales »…). Le caractère transfrontalier et « historiquement européen » des deux villes et régions étudiées permet également de territorialiser les périodes de construction d’une politique énergétique communautaire.

    Un des objectifs de la thèse est d’apporter une contribution à une histoire territoriale de l’énergie dans une perspective bas carbone. Pour cela, il est nécessaire d’analyser les antécédents historiques (politiques, culturels, énergétiques) qui ont influencé et influencent encore les politiques énergie-climat. De manière complémentaire et opérationnelle, la thèse se donne un second objectif : le décryptage des processus d’intéressement des territoires à la transition énergétique.