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Décentralisation forestière et gouvernance locale des forêts au Cameroun.

Le cas de forêts communales et communautaires dans la région Est.


Thèse de Charlotte KOUNA ELOUNDOU (ESO Le Mans) soutenue en 2012
Direction :
  • Yamna DJELLOULI, Université du Mans
  • Moïse  TSAYEM DEMAZE, Université du Mans



 

 

JPG - 59.9 koLe Cameroun a entrepris des réformes de sa politique forestière au début des années 1990. Ces réformes ont succédé à plus d’un siècle de politiques forestières coloniales et postcoloniales, caractérisées par une gestion très centralisée des forêts. Elles se sont traduites par la mise en place en 1994, d’une loi instituant la décentralisation de la gestion forestière. Grâce à cette loi, les communes et les communautés villageoises gèrent des forêts en vue d’en assurer la conservation et d’en tirer des revenus substantiels pour développer leurs localités. L’objectif de notre étude est d’analyser la mise en œuvre de la décentralisation forestière dans la région Est du Cameroun, en utilisant la gouvernance comme cadre d’analyse. La méthodologie mise en œuvre est pluridisciplinaire. Dans un premier temps, nous avons fait une analyse historique des politiques forestières antérieures à la décentralisation forestière au Cameroun, afin d’appréhender la gestion des forêts pendant la période coloniale et postcoloniale de 1884 à 1993, et de mettre en évidence les rôles des populations locales et des communes dans cette gestion. Nous avons ensuite étudié le processus de gouvernance des forêts communales et communautaires dans la région Est, en analysant les interactions entre les principaux acteurs impliqués dans cette gouvernance et les mécanismes de régulation de leurs actions. Nous avons en outre analysé les effets induits sur le plan socio-économique et écologique. Une analyse des expériences de gestion des forêts par les communes et les communautés villageoises dans d’autres régions à Dimako au Cameroun, à Madagascar et dans les pays d’Amérique tropicale, a été également faite dans une logique comparative.


Les résultats de notre étude indiquent que pendant la période coloniale et postcoloniale de 1884 à 1993, le rôle des populations locales était limité à l’exécution des tâches rémunérées et/ou forcées. Quant aux communes, elles ont reçu à partir de 1972, la responsabilité de gérer une partie des taxes forestières pour reconstruire les infrastructures endommagées par l’exploitation du bois. Nos résultats mettent également en lumière des relations d’interdépendances inégales entre les communes et les sociétés forestières partenaires d’une part, et entre les communautés villageoises et les exploitants forestiers d’autre part. Ils indiquent par ailleurs, des rapports de dépendance de ces trois catégories d’acteurs vis-à-vis des institutions étatiques dont le pouvoir autoritaire reste fort et prégnant. Quant au développement socio-économique local et à la conservation des forêts attendus de la gouvernance forestière, notre analyse montre des résultats en-deçà des espérances. Certes l’on note quelques retombées socio-économiques pour les populations locales mais dans l’ensemble, de nombreuses faiblesses limitantes pour une gouvernance efficace sont mises en lumière. La plupart des insuffisances relevées sont mises en évidence dans notre analyse des expériences de gestion des forêts par les communes et les communautés villageoises dans d’autres localités à Dimako au Cameroun, à Madagascar et dans les pays d’Amérique tropicale. Nos perspectives pour une gouvernance efficace au Cameroun en général, et dans notre zone d’étude en particulier, suggèrent que soit organisée une action collective autour d’un objectif partagé, relatif au développement socio- économique local et/ou la conservation de la biodiversité forestière, entre les différents acteurs stratégiques pertinents (ASP). Cette action pourra être facilitée par les acteurs d’appui bénéficiant d’une légitimité auprès des ASP. Outre l’action collective, il est également nécessaire que les forêts communales et communautaires génèrent des revenus suffisants à leurs bénéficiaires, pour réaliser des projets de développement local et pour assurer la régénération forestière.

MOTS-CLÉS : Décentralisation forestière, gouvernance des forêts, forêts communales, forêts communautaires, Cameroun, Région Est, commune de Gari Gombo, commune de Yokadouma



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