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L’évaluation, pour quoi faire ?


Le Mans, du 26 mars 2021

 

Cette journée d’études sur l’évaluation vise à interroger les pratiques évaluatives ainsi que les outils déployés, en ce qu’ils répondent à des valeurs de notre société.

Les processus d’évaluation se répandent dans toutes les sphères de notre société. On les retrouve aussi bien dans les domaines professionnel (entretiens individuels) et économique (audit des entreprises et évaluation des administrations) qu’à l’égard de nombreuses catégories d’individus (élèves, publics spécifiques) et, dans la vie quotidienne, de biens et de services.

Pour valider les savoirs, les pratiques et les services des individus, l’évaluation individuelle comme dispositif de contrôle, d’adaptation et de mesure s’appuie sur des outils et des modélisations. Cette journée s’intéresse plus particulièrement à la manière dont ces outils et modélisations sont conçus en ce qu’ils intègrent des points de vue situés (des idéaux, des cadres idéologiques, ou des idéaux types). De fait, dans certains cas, les évaluations individuelles peuvent constituer un appel aux individus à s’adapter aux attentes des évaluateurs, en transmettant des informations souhaitables sans que cela traduise réellement leur état.  Cette journée s’intéresse par ailleurs à comprendre dans quelle mesure les évaluations individuelles sont prévues pour accompagner l’évolution des individus sans cristalliser l’instantanéité des appréciations. Sans prétendre à l’exhaustivité, la Journée d’études organisée à Le Mans Université a pour ambition d’interroger les fonctions et les significations de l’évaluation des personnes, en retenant les trois axes suivants.

Axe 1 : Les évaluations professionnelles

Les pratiques évaluatives attribuent systématiquement un savoir aux évaluateurs, savoir légitimé d’office sans qu’il soit forcément fondé sur les savoirs professionnels qui seront évalués, et sans prendre en compte la dimension collective du travail et la partie forcément subjective de l’évaluation. Dans les entreprises privées et dans le service public, les évaluations assument leur caractère individuel et s’inscrivent comme un outil de « gestion des ressources humaines ». Parallèlement, les évaluations mises en place dans le secteur des services, notamment dans les secteurs « uberisés », élèvent l’appréciation des consommateurs au statut de jugement légitime de l’activité professionnelle, en laissant l’évaluation professionnelle tributaire des expériences individuelles.

En quoi cet outil, qui s’est associé au fil des années à la prescription du travail, remet-il en question les repères enracinés dans les savoirs professionnels, dans les règles des métiers et dans les collectifs de travail ? Ce phénomène évaluatif mène-t-il à la dépossession des savoirs ? Contribue-t-il à une nouvelle taylorisation du travail ? Autant de questions auxquelles les communications sont invitées à apporter des réponses.

Axe 2 : Les évaluations d’individus à risque

La prévention légitime à l’égard du risque que font peser sur la société quelques individus considérés comme potentiellement dangereux rend nécessaire leur évaluation, notamment en détention. Il en est ainsi pour les individus susceptibles de basculer dans la radicalisation violente. Le non-repérage induit des risques pour la société, mais une « labellisation » trop hâtive des individus constitue également un risque pour les personnes fichées sans fondement. En faisant le choix de se tromper sur tel ou tel détenu, l’institution pénitentiaire peut favoriser les amalgames et le renforcement du sentiment de discrimination chez de nombreux détenus, ce qui constitue un terrain favorable au développement de ce qu’on souhaite précisément prévenir. Quelles sont les modalités actuelles de l’évaluation des individus soupçonnés de radicalisation ? Quel est le suivi de ces individus pendant la détention et après ? Quelles pourraient être les dispositifs permettant une application raisonnable du principe de précaution ? 

Axe 3 : Les évaluations du bien-être des élèves

Comment objectiver la subjectivité des vécus des élèves ? Cette question, bon nombre de chercheurs se la pose et tente de trouver des d’outils évaluation susceptibles d’être au plus près des ressentis des élèves. Car, si pour comprendre la construction d’une expérience personnelle des élèves, il est nécessaire d’interroger la dimension subjective du bien-être, les contextes de vie et des interactions au sein des établissements, en rendre compte ne va pas de soi. Recueillir les ressentis des élèves, à l’aide d’un entretien ou d’un questionnaire, n’est pas toujours chose aisée notamment lorsque l’on s’adresse à des jeunes enfants d’écoles primaires. Le risque d’imposer nos propres représentations du monde est en effet toujours latent. Afin de rendre au mieux compte des expériences de bien-être à l’école, le chercheur doit s’assurer de sa bonne réception eu égard à l’âge et au sexe des interviewés, de la qualité du support de passation, de la bonne compréhension des mots et des situations… Mais la pertinence d’un entretien ou d’un questionnaire ne tient pas seulement à son contenu et de sa construction. Les lieux, conditions et modalités de passation constituent également des gages méthodologiques. Les conditions de recueil du matériau sont trop souvent passées sous silence au profit des seuls résultats. Silence préjudiciable à la sociologie, dans la mesure où il « laisse dans l’ombre des pratiques et des modèles qui mériteraient d’être discutés et sape ainsi la mise en œuvre d’une véritable controverse professionnelle, qui seule peut contribuer au développement et à la vivacité du métier de sociologue »[1]. Peu nombreux sont, en effet, les sociologues qui prennent le temps de rendre compte de cet aspect de leur recherche. Cela tient sans doute à la crainte de ne pas recevoir la bénédiction d’une communauté scientifique toujours encline à « mimer les signes extérieurs de la rigueur des disciplines scientifiques les plus reconnues »[2]. Dans cet axe, il ne s’agira pas de restituer les résultats des travaux de recherche, mais bien plus de poser le regard sur ce que l’on pourrait appeler l’arrière-cour du travail du chercheur.

[1] Gaulejac V. de, Hanique F. & Roche P., La Sociologie clinique, Paris, Érès, 2007

[2] Bourdieu P., La Misère du monde, Paris, Le Seuil, 1993.


Mots-clés

  • évaluation, évaluation individuelle, outil d’évaluation, outil de gestion, prévention pénitentiaire, individu à risque, évaluation scolaire, professionnalité

Contacts

  • Omar Zanna
    courriel : cancer-apa [at] univ-lemans [dot] Fr
  • Mariana Stelko
    courriel : mariana [dot] stelko [at] univ-lemans [dot] fr
  • Jean-Philippe Melchior
    courriel : jean-philippe [dot] melchior [at] univ-lemans [dot] fr


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