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Sociétés et religions


N° 174



Jean-René BERTRAND (dir.), Colette MULLER (dir.) - 1997

Depuis fort peu de temps, réapparaissent des préoccupations de géographie culturelle ou de géographie des religions dans les équipes de recherche françaises et européennes (Claval, 1995). Si ces thèmes resurgissent à la suite de recherches menées en domaine anglo-saxon ou dans les pays en voie de développement, depuis le début des années 1980 ils n’ont guère été absents des préoccupations de la géographie sociale renaissante. Les démarches scientifiques ont vite été rejointes par une demande sociale nouvelle. A côté des recherches fondamentales sur les comportements religieux, les autorités ecclésiastiques ont pris contact avec les équipes de géographes du domaine de Norois, pour amorcer une réflexion sur l’encadrement pastoral des populations, les espaces de vie, les découpages territoriaux pertinents.
A l’intérieur de l’équipe de Géographie sociale associée au CNRS (URA 915), se sont donc regroupés des chercheurs uvrant dans l’analyse des comportements des populations comme des structures territoriales de l’Église catholique. Pour avancer utilement, diverses rencontres ont été organisées en 1994 et 1995 avec les géographes, les responsables diocésains et d’autres spécialistes de l’évolution des structures d’églises de différents pays (ESO 1994 et 1995).

Le présent numéro thématique de Norois traduit l’état de la recherche menée en commun avec les responsables religieux. Elle tend à souligner l’importance de la territorialité tant des structures historiques comme la paroisse que des formes nouvelles de manifestations de la croyance. Elle cherche également à démontrer la place des comportements face au sacré dans l’organisation des sociétés, et donc de leurs espaces de vie. Les contributions réunies tirent leur originalité de l’analyse géographique des comportements religieux et des pratiques spatiales qui s’y rattachent. En cela, I’apport se distingue fortement des écoles anglo-saxonnes de géographie historique comme de géographie culturelle (Jordan, Domosh et Rowntree 1994).

Le domaine de Norois constitue un champ privilégié d’étude et d’analyse des comportements religieux, puisque reconnu vers 1950 et 1960 comme une des régions de pratique catholique majoritaire en France (Boulard et Remy 1968). Cela n’exclut pas des analyses sur des groupes relevant de populations minoritaires comme les chrétiens orthodoxes dans l’Ouest de la France. Trois grands thèmes de recherche se dégagent actuellement : - classiquement (Dory 1993) mais avec de nouvelles procédures, I’analyse géographique des comportements religieux doit être approfondie, en combinant divers indicateurs comme dans la Basse-Normandie et la Sarthe et en introduisant les nouvelles pratiques. Ces comportements peuvent être utilement éclairés par des enquêtes lourdes sur la croyance et l’observance comme celle menée dans le diocèse de Sées. Elles trouvent une autre résonance dans les mentalités collectives, comme élément de la mémoire, dans les terres de la Contre-Révolution, comme rite nécessaire dans les pélerinages des populations. Enfin, de nouvelles pistes de travail se dégagent avec l’importance de la transmission de la foi, et des pratiques par l’enseignement religieux, la catéchèse.

Dans toutes ces approches, le poids du religieux dans les sociétés locales demeure important. - La qualité de l’encadrement des populations comme de la transmission de la foi passe par un clergé assurant ses tâches au mieux et au plus près des populations. Les transformations démographiques de la population des prêtres, les raretés des entrées posent de nombreux problèmes à la hiérarchie catholique. En filigrane de toutes ces analyses, et première préoccupation des évêques, la recomposition des paroisses, leur desserte transparaissent. Mais si l’on peut créer des paroisses nouvelles, en regrouper, les territoires perdurent comme le montre l’exemple des paroisses civiles de Galice. - de nouvelles formes de pratique ou de vie religieuse se multiplient dans l’église catholique comme ailleurs. Que ce soit pour encadrer sous de nouvelles formes les jeunes, comme dans l’Orne, ou pour associer des chrétiens plus exigeants ou se démarquant du formalisme des comportements classiques (Renouveau Charismatique), de nouveaux réseaux d’acteurs religieux et laïcs se font jour et le géographe ne saurait négliger leurs transcriptions spatiales. Arrivées, au moins en France au terme des processus de sévularisation, les sociétés chrétiennes se donnent de nouveaux cadres territoriaux, se définissent comme communautés, empruntent des voies que le clergé vieilli a, parfois, peine à suivre.

Dans l’analyse des relations des sociétés avec leurs espaces, les géographes ne sauraient négliger, avec des outils différents des sociologues et dans des démarches nouvelles, le rôle nouveau de l’encadrement religieux.


Jean-René BERTRAND  
Colette MULLER  

Presses Universitaires de Rennes
Revue Norois