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Les hévéacultures familiales vietnamo-cambodgiennes et leur intégration dans la région du Mékong


Financement :
  • Agence Universitaire de la Francophonie, la Commission pour le Partenariat Scientifique avec les Pays en Développement (KFPE)
  • Académie suisse des Sciences Humaines et Sociales (ASSH)
  • CKS (Center for Khmer Studies)
  • Laboratoire ESO CNRS 6590
  • IRASEC

Partenaires :
  • Université d’Agro-foresterie d’Ho Chi Minh Ville, Hô Chi Minh Ville, Viêt Nam :
  • Université des sciences sociales et humaines, Hô Chi Minh Ville, Viêt Nam :
  • Université Royale d’Agriculture, Phnom Penh, Cambodge :
  • Institut de Recherche Cambodgien sur le Caoutchouc, Phnom Penh, Cambodge :
  • Institut des Hautes Études Internationales et du Développement, Genève, Suisse :
  • ESO-Le Mans, Université du Maine, Le Mans, France :


Les objectifs 

La recherche a pour objectif de rendre compte des transformations des économies familiales cambodgiennes et vietnamiennes dans une région caractérisée par le développement rapide et à grande échelle de l’hévéaculture, et la domination (en terme de parts de la production) de grandes exploitations étatiques ou privées. Cet objectif général s’inscrit dans la problématique de la viabilité et du devenir des (petites) exploitations familiales agricoles qui, en Asie du Sud-est, ont été l’un des piliers de la modernisation de l’agriculture vivrière (révolution verte), mais dont la viabilité est aujourd’hui remise en cause avec le développement de systèmes de monoculture sur de grandes superficies cultivées par des exploitations de grande taille mécanisées. La recherche est structurée autour de la question principale qui est de savoir dans quelle mesure les exploitations familiales ordinaires s’intègrent dans, ou sont marginalisés par, ce processus de mise en valeur et d’intégration régionale qui les met en compétition avec les « grandes » exploitations. 

La recherche vise à rendre compte de : 
➢ l’organisation des deux filières nationales (acteurs, politiques publiques) et leur dynamique d’intégration dans l’ensemble régional (notamment le rôle des réseaux transfrontaliers) 
➢ l’impact de ces transformations sur les économies familiales, notamment en termes d’accès aux terres et d’opportunités de débouchés pour les productions agricoles 
➢ des stratégies sociales (intégration, résistance, opposition) et économiques (allocation des ressources) des paysanneries cambodgiennes et vietnamiennes en réponse aux transformations des filières et à l’intégration régionale. 

Le contexte et la problématique 

À la prise de conscience des enjeux du changement climatique depuis une dizaine d’année s’est ajoutée plus récemment une crise des cours des matières premières favorisant la montée des questionnements vifs sur l’agriculture, ses espaces, ses finalités et ses modes de production. Dans les pays dits « des suds », la gestion des ressources naturelles, la recherche d’une équité sociale, le maintien d’activités économiques profitables en milieu rural tout en s’ouvrant au marché mondial sont autant d’enjeux contemporains qui se révèlent dans la réalité parfois contradictoires. 
Parmi les activités développées dans les pays émergents, l’hévéaculture illustre la transformation des systèmes agraires où dominent souvent la monoculture, l’organisation de filières productives connectées aux marchés et plus récemment l’internationalisation des stratégies foncières de groupes producteurs privés prenant la forme d’un « pacte néocolonial » comme s’en inquiète le Directeur Général de la FAO Jacques Diouf. 
Cette activité agricole, à l’instar de celle du palmier à huile ou de la caféiculture, s’est installée en Asie au XIXe siècle pendant la colonisation et s’y est depuis développée sous la forme de fronts pionniers au point que la partie sud-est asiatique est actuellement la principale zone de production mondiale aussi bien en surface qu’en volume. Ainsi, en 2006 et depuis plus d’une trentaine d’années, le caoutchouc naturel est produit à environ 87-90 % en Asie, 7-8 % en Afrique et seulement 2-4 % en Amérique centrale et méridionale (FAOStat 2008). 

Viêt Nam et Cambodge, deux acteurs « émergeants » interconnectés 

En marge des grands pays producteurs, depuis une dizaine d’années de nouveaux acteurs ré-émergent désireux de dynamiser leur hévéaculture. Ainsi, la Chine, le Laos, le Cambodge et le Viêt Nam manifestent leur intérêt pour cette activité à la faveur de la forte augmentation du prix du caoutchouc vers la fin des années 1990. Ces deux derniers États –Cambodge et Viêt Nam- qui représentent environ 7 % des surfaces asiatiques, partagent des spécificités à propos de la filière hévéacole : d’une part, et contrairement aux autres pays producteurs régionaux, la majorité de la production est le fait de grandes plantations -étatiques ou privées- et d’autre part les deux principales zones de productions nationales forment un seul et même bassin de production. Structurée depuis l’époque coloniale sur des terres rouges reconnues pour leur fertilité, la dorsale de l’hévéaculture -visible sur les photos satellitaires actuelles- est du point de vue de son organisation spatiale continue de part et d’autre de la frontière (cf. carte ci-dessous). 



Contiguïté spatiale et domination des grandes plantations soulèvent des enjeux importants d’une part concernant les stratégies paysannes appelées à prendre le relai de la production et d’autre part à propos de l’organisation des territoires frontaliers. 

En prenant comme point central ces hévéacultures vietnamo-cambodgiennes, il s’agit de comprendre et de comparer les politiques nationales de promotion des petites plantations tout en analysant la manière dont ces paysanneries s’intègrent dans la filière, participent ou s’opposent aux logiques d’intégration économique entre les deux pays. Ainsi, en croisant les dynamiques du Cambodge et du Viêt Nam à propos de l’hévéaculture, il s’agit de comprendre comment la diffusion actuelle à grande échelle de cette culture commerciale participe à transformer les stratégies paysannes, à remodeler les accès aux ressources, à s’organiser autour de réseaux transfrontaliers et ce faisant à structurer de nouveaux territoires. 

De cette problématique se dégagent deux axes de recherche : aux échelles régionales et nationales, il s’agira d’analyser les logiques d’ajustement des politiques nationales aux stratégies régionales ; aux échelles locales, on proposera l’observation des effets sociaux et économiques sur les exploitations familiales des transformations contemporaines ainsi que les enjeux qui en découlent vis-à-vis de l’accès et de la gestion des ressources. 

 

 

 

Valorisation :



Contacts :
frederic.fortunel @ univ-lemans.fr